Michel Ballet

                              Michel  Ballet

De la vague à l'âme

de la vague à l'âme

 

Qu'est l'art, sinon un processus par lequel le créateur jette un pont entre le monde réel, matériel, et un univers imaginaire, fait à son image ? Il y a donc deux éléments fondamentaux : le pont d'une part, qui permet le passage, et d'autre part l'intérêt (la beauté) de l'autre monde.

Avec Michel Ballet, le passage est facile, car il prend toujours soin d'indiquer le point de départ (l'entrée du pont n'est pas obstruée) la voie est droite et spacieuse, et la traversée est rapide : la réalité n'est jamais loin. Et pourtant, comme l'autre rive est différente !
Contrairement à Nicolas de Staël qui emportait son arsenal décoratif sur l'autre berge – matière somptueuse et couleurs exquises – Michel Ballet renonce au joli pour se consacrer uniquement au beau. Et son beau, à lui, me semble proche de la définition qu'en donne Baudelaire :
« J'ai trouvé la définition du Beau, - de mon Beau. C'est quelque chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l'on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l'objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c'est une tête qui fait rêver à la fois, - mais d'une manière confuse, - de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, - soit une idée contraire, c'est à dire une ardeur, un désir de vivre, associé à une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. »
Cette mélancolie, ce désir de vivre associé à une
amertume refluante, n'est-ce pas ce Michel Ballet
exprime par « de la vague à l'âme » ?
Mais lui ne visite pas les Paradis Artificiels, comme Baudelaire et beaucoup de peintres abstraits ou non : son beau est franc, sain, authentique, il ne fait appel à aucun artifice, ne cède à aucun compromis. Et c'est là le trait principal de sa peinture : la Pureté, ou, pour reprendre le titre si parlant de l'une de ses œuvres, la Clartitude.
Cette « clartitude » s'exprime d'abord à travers la manière dont il va vers l'abstraction, en ne conservant que l'essence des choses pour faire éclater leur vérité intrinsèque, puis par les associations qu'il génère. Et c'est là toute sa force, et ce qui le distingue d'autres peintres, que de savoir, par des signes infimes que l'on distingue à peine dans la transparence de ses glacis, convoquer des états d'âme – qui ne sont pas des impressions mais la « promesse » de quelque chose de plus profond - J'ai parlé de convocation pour tenter d'exprimer l'autorité d'une invitation douce mais ferme, qu'il nous est difficile de refuser. C'est alors, pour qui va au-delà des apparences, que se perçoit l'élévation de son Art.
J.Y Bresson Septembre 2005


10/08/2008
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